Critique " Un monde à nous "
Vous avez certainement déjà eu à parler d’un film que vous avez vraiment aimé, mais dont vous ne pouvez rien dire, de peur de trop en révéler ? Pas possible de sortir des phrases bateaux comme « C’est le même principe que tel film, mais en Franche Comté ! », ou alors « Tu te rappelles tel histoire ? Ben c’est tout pareil ! ». Pas bien grave quand on discute entre potes, mais quand on veut écrire un truc, c’est beaucoup plus compliqué…
Marc ( Edouard Baer ) et son fils Noé ( Anton Balekdjian ) débarque dans un bled paumé. Papa entraîne le fiston aux arts martiaux dans la cave, répète inlassablement qu’ils ne doivent faire confiance à personne, tandis que le petit tente tant bien que mal de faire son entrée en 6ième comme n’importe quel môme de son âge. Voilà. Ca, c’est pour l’histoire, ou tout au moins, son départ.
Maintenant, je vous demande presque de me croire sur parole : « Un monde à nous » est un très bon ( le meilleur ? ) thriller psychologique à la française. A la française parce que nous sommes loin des effets de style, de l’esbrouffe aux milles twists de la majorité des productions anglo-saxonne. Bien entendu, révélation il y a, mais elle découle d’une suite logique d’informations, d’indices, et pas d’une pirouette de scénariste fainéant. Puis, pour une fois, à la française n’est pas synonyme de branlette intellectuelle : pas de dialogues interminable en champ / contre champ, pas de longs silences plaintifs en plan fixe. La réalisation est tour à tour tendue, intimiste, et le duo Baer / Balekjian fonctionne à temps plein. D’ailleurs, peut être est ce là la plus grande réussite de Balekdjian père : soigner autant le réalisme de la vie de gosse de Noé que la tension habitant son père. Réussite d’autant plus grande que la scène la plus impressionnante du film n’implique que l’enfant, et les plus touchantes sont axées sur le paternel. Grosso modo, Balekdjian fils est tout simplement épatant, tour à tour touchant et effrayant en fils paumé pro de l’auto défense, et Edouard Baer bascule avec une facilité incroyable du papa poule au père fouettard.
Reste quelques défauts mineurs, et une grosse erreur incongrue quoique insignifiante. Pour les défauts, le
plus important reste une utilisation plus que maladroite de la musique ( pompeuse de surcroît ). Comme si Balekdjian le réalisateur n’avait pas suffisamment confiance en son scénario et à sa capacité à rendre le drame présent sans mélodie pour appuyer son propos. Défaut d’autant plus énervant que non, sa mise en scène et son écriture aurait presque pu être vide de notes. L’autre, gênant sans être vraiment handicapant, c’est Edouard Baer. Convaincant en solitaire taciturne, touchant en père ultra protecteur, il n’a cependant pas le charisme, la dureté, qu’il faudrait pour être réellement l’homme traqué qu’il est sensé campé. Là encore, il suffirait de peu pour que sa composition soit au diapason de son rôle, mais ce qui lui manque ne s’apprend malheureusement pas… Baer n’a tout bonnement pas la carrure suffisante pour se frotter à ce style de personnage de roc inébranlable et sans concession. Quant à la bévue du métrage, c’est le rôle clin d’œil d’Alain Chabat en prof d’anglais affublé d’une perruque de cheveux grisonnant… J’veux bien que l’ancien Nul ait voulu son petit caméo, mais là, c’est tout simplement hors propos, et d’une lourdeur à toute épreuve. Encore heureux que ce soit très court…
Et pourtant, il faut bien reconnaître que Balkdjian nous a pondu certainement le meilleur thriller français depuis… Depuis quand au fait ? Oui, des bons films de chez nous, il y en a eu, mais avec autant de tendresse mêlée à autant de violence, je suis pas certain qu’on nous en ait pondu des masses. Faudrait que je me penche un peu plus là dessus, mais à priori, nous avons là une vraie première réussite dans un domaine dominé par les anglo-saxons. Ca se boude pas, non ?