Critique " La cité des jarres "

Publié le par Wolf Tone

Inspecteur à Reykjavik, Erlendur enquête sur le meurtre d'un vieil homme apparemment sans histoire. La photo de la tombe d'une petite fille retrouvée chez la victime réveille pourtant une affaire vieille de quarante ans.

J’aurais voulu compléter votre apprentissage de l’islandais, mais « Erlendur » est bien trop fadasse pour me marrer en l’écrivant… Enfin, bon, bref… Après le fort sympathique « Back Soon » de Solveig Anspach, nous voici de retour chez les vikings avec ce « Myrin » de Baltazar Kormakur. Et l’Islande du deuxième n’a que très peu à voir avec celle du premier. Ici, le pays est froid, industriel, triste, morne. Et bien que quelques plans nous rappellent la beauté aride de ce pays pourtant splendide, Kormakur souligne surtout ses aspects les moins attirant. Tout comme il nous raconte un histoire policière bien loin du glauque hollywoodien ; son meurtre n’a aucun intérêt en soi, ce qui fait dire à un des flics de Erlendur : "C'est un meurtre typiquement islandais : bordélique et sans intérêt.". L’ennuyant, c’est que le réalisateur veut mettre  cette particularité en avant, alors qu’au bout du compte son affaire est plus banale qu’autre chose… Seul Erlendur ( Ingvar Eqqert Sigurosson, c’est déjà un peu plus rigolo à dire… ) est capable de sortir du lot : aigri, cynique, désabusé, bien que pas très original, l’inspecteur a au moins pour lui un caractère et un « charisme » qui lui permette de se détacher des autres personnages. Même sa relation soit disant désastreuse avec sa fille contient suffisamment d’espoir pour ne pas être poignante. Et c’est un peu ça tout le problème de « Jar City » : sous son aspect rugueux ( on pense très, mais alors très souvent au Dogme de Lars Von Trier pour le traitement granuleux de l’image ), le film n’est guère plus qu’un « Derrick » ayant voulu faire preuve de jeunisme…

Parce qu’il y a comme un paradoxe tout au long du film : d’un côté, Kormakur veut faire dans le morose, l’atrocement banal, et c’est peut être là qu’il est le meilleur. L’air de rien, dans les moments plus axés enquête bizzaroïde, le visuel « Dogme » accolé à l’aspect terne des décors, des costumes, laisse une sensation de déliquescence intéressante. L’ennuyant, c’est qu’il contre balance le tout par des passages léger, voir comique ( tout du moins désinvolte ) qui annihilent ce départ fragile d’ambiance. C’aurait pu marché, si le tout avait eu droit à un brin de dramatisation en plus. Car, du coup, ces moments d’air frais n’ont pour effet principal que de faire retomber la tension comme un soufflé. Puis il y a l’enquête en elle même, si… banale ? Ce qui peut fonctionner sur papier ( le film est tiré du bouquin éponyme d’un certain Arnaldur Indridason ) n’est pas obligatoirement un gage de qualité sur pellicule. Le foisonnement de détails proposé dans un bouquin, et la fluidité plus évidente d’une histoire sur papier ( c’est plus simple d’écrire sans heurts lorsque nous n’avons quasiment pas de limite en nombre de pages, là où un film est cloîtré dans une durée bien plus courte ) rend l’exercices de la banalité moins dangereux. Et étant donné que Kormakur n’est pas ce qu’on pourrait appeler un « grand réalisateur », l’indifférence vis à vis de son intrigue prend souvent le pas sur un intérêt somme toute poli.

Puis il y a ce titre vachement trompeur tout de même. Non, c’est vrai, je, vous, nous allons voir un film sur la base de ce qui est dit dans la presse, sur son histoire et son titre, non ? Dans ce cas, ce « Jar City » est tout simplement une sorte de publicité mensongère, et toute la partie axée génétique n’est qu’un des éléments de l’enquête plus que le centre de l’intrigue. C’est pas compliqué, la cité des jarres ne s’offrent à nous que durant 3 pauvres minutes, images qui en plus sont presque intégralement visibles dans la bande annonce, avant de disparaître dans l’oubli. Vendu comme étant un film noir intriguant, un film sur un lieu avec un potentiel nous menant bien plus loin que la banal enquête policière ( une salle récoltant des organes vitaux dans des bocaux, ça aura toujours une bonne gueule, et ça ouvre pas mal de portes ), « Jar City » est bien loin du titre original : myri veut dire « pré marécageux », titre en total accord avec ce que l’on voit à l’écran. Alors, bon, ce dernier point est plutôt un détail, étant donné que les principales faiblesses du film sont son manque de tension et l’impression de voir une enquête tordue accouchée d’un pétard mouillé, mais il est assez désagréable de découvrir, une fois en salle, que le film qui nous est projeté n’a que très peu de rapport avec le film qui nous a été vendu. Et ce n’est certainement pas la faute au islandais ( cf le titre original ) mais au distributeur, espèce de race commerciale qui fera tout pour emballer un film avec des taglines, des titres et des bandes annonces qui claquent, plutôt que de l’assumer pour ce qu’il est. Triste, triste réalité…

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Publié dans Critique Cinéma

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