Alex de la Iglesia est notre ami... Part II

Publié le par Wolf Tone

Alors, nous en étions où… Ah, oui ! Poto Alex a donc réalisé un court en 1991, « Mirindas Asesinas », qui excite Môsieur Cinéma de l’autre côté des Pyrénées, alias Pedro Almodovar. Môsieur produit donc son premier long, « Action Mutante » en 1992, et le succès critique remporté lui permet, en 1995, de sortir son film culte, « Le jour de la Bête ». Badaboum, très gros succès ibérique, critique dithyrambique, Alex s’est transformé en espoir du cinéma de genre Espagnol. Deux films plus modestes plus tard ( « Perdita Durango » en 97 et « Mort de rire » en 99 ), los potos des geekos del mondos a droit à son premier gros succès européen, « Mes chers voisins ». Il est heureux, il remue la queue, sort un autre petit film entre amis, « 800 balles », et finit par sortir son chef d’œuvre à lui, l’extraordinaire « Crime Farpait »…


Rafael est beau. Rafael est une légende, un cas étudié dans les formations de vendeur de prêt à porter. Rafael se tape la quasi totalité des vendeuses de l’étage femme de son magasin. Mais lorsque Rafael s’apprête à prendre la place tant convoité de responsable des ventes, la direction préfère donner le poste à son rival de toujours, Don Antonio. Catastrophe ! Rafael finit par se mettre sur la gueule avec lui, sous les yeux de Lourdes, un boudin secrètement amoureux du bellâtre…


Bon, on le sait, la comédie est un genre plus que subjectif. Bien plus que les films de trouilles, ou les drames : pas bien difficile de faire sursauter, et encore moyen de faire pleurer. Mais faire rire… Alex de la Iglesia décide donc d’utiliser l’unique recette ( celle qui servit d’ailleurs pour « Le jour de la Bête » ) qui puisse lui donner toutes les chances de réussir : faire un vrai film. Pas une série de gags, une accumulation de saynètes, mais une histoire solide, un scénario de film classique tordu par le regard cynique et noir d’un cinéaste au sommet de son art. Toujours épaulé au scénario par son double de l’ombre Jorge Guerricaechevarria, Alex reprend donc les ingrédients qui ont fait de ses anciens films de beaux succès, mais il dirige cette fois deux comédiens qui vont faire quasiment à eux seuls toutes la différence : Guillermo Toledo et Monica Cervera. Le premier campera Rafael, le monstre, le machiste absolu, l’arriviste sans pitié, le bellâtre atroce. La seconde se glissera dans la peau de Lourdes, la laide, la timide, l’amoureuse transie d’un homme pour qui elle n’existe même pas. Et voilà que cette altercation fatidique avec Don Antonio va mettre cette triste figure en position de pouvoir mettre à ses pieds le splendidement insupportable Rafael. La séquence où les deux se retrouvent pour la première fois face à face dans la cafétéria du grand magasin vaut à elle seule la quasi totalité des comédies des 10 dernières années. Ce n’est pas tant les dialogues, la situation, la mise en scène, qui provoque le ( fou ) rire, ce sont ces deux immenses comédiens, c’est la confrontation improbable entre ces deux gueules, qui nous rend fou de joie. Et cette alchimie magnifique ne se brisera pas une seule fois sur les 1 h 44 du film.


Il ne faut pas pour autant croire que la seule réunion de ces deux génies des zygomatiques eut pu nous tordre dans tout les cas. L’écrin dans lequel Alex de la Iglesia les met est certes entièrement à leur service, mais il est aussi une nouvelle fois la preuve du perfectionnisme de notre bonhomme. Comme toujours, nostro amigo chiade l’ensemble de sa pellicule avec toute l’honnêteté dont il est capable, mais cette fois il a les diamants pour souligner son travail. L’osmose entre ces trois là est une évidence telle que jamais nous ne pourrons les dissocier de ce film. Puis le réalisateur a atteint, pour le coup, un sorte d’équilibre entre ses revendications « politiques » et ses envies de plaisir pour le plaisir. Bien loin des messages assumés du « Jour… », de « Action… » ou de « 800… », plus équilibré dans sa construction que « Mes chers… », « Le crime Farpait » est la perfection faite De la Iglesia. Une perfection qui ne concerne que lui, mais qui du coup provoque l’empathie avec son film. Peut être la description à l’acide de la loi du Marché, du monde de la consommation, laissera certains insensibles. Mais qui peut résister à la revanche de Lourdes, ce boudin, cette ombre de femme, sur Rafael, la bombe à phéromones, le salaud de première ? Poto Alex livre ici non seulement sa plus belle déclaration d’amour aux freaks, mais aussi une sacré ode à la femme. Lourdes se tranforme, se façonne au contact de Rafael, et bien qu’elle en arrive à commettre des actes peu reluisants, à prendre des décisions répréhensibles, voir digne de Rafael lui même, son ascension n’en est pas moins irrésistible. Et ce jusqu’au final, vraie chute Hitchcokienne, violent, lyrique, et ignoblement hilarant…


2005 : l’Espagne, l’Europe, le Monde applaudit. Même si dans son pays d’origine, le film supportera assez mal la concurrence du grand succès ( mérité ) de « Mare Adentro » d’Alejandro Amenabar, « Le crime farpait » est et reste le premier succès planétaire de notre gus. Oh, c’est pas non plus « Lord of the Rings », mais certainement plus que la majorité des comédies sortie à l’époque ( « Shaun of the dead » mis à part ). Alex de la Iglesia est connu et reconnu, il plane dans un ailleurs que seul lui doit connaître, mais au lieu de surfer sur la vague, de nous refaire une comédie noire, il prend tout le monde à contre-pied en participant à la mini série télévisée espagnole, « Peliculas para no dormir ». Rejoignant de véritable pointure du cinéma fantastique hispanique comme Jaume Balaguero ( « La secte sans nom », « [REC] » ) ou Paco Plaza ( « Les enfants d’Abraham » ), Alex de la Iglesia pond avec « La chambre du fils » non pas une parodie, mais bel et bien un véritable téléfilm d’horreur de 77 minutes. Tout en gardant son ton très particulier fait d’humour noir et de cynisme, poto Alex nous fiche la trouille lors de séquence avec double, voire triple point de vue, et file une gifle à ceux qui ne voyaient en lui qu’un clown so spanish… C’est clair, l’ami des geeks est définitivement sur le devant de la scène, et tout le monde attend son prochain bébé, un truc international dit la rumeur, une co-prod’ avec la France et l’Angleterre, avec de grands comédiens dedans. Que va donc faire notre basque préféré, maintenant qu’il n’a plus rien à prouver ? « Crimes à Oxford ». Ben vouais…


Elijah Wood et John Hurt en tête d’affiche. Le décors somptueux du collège d’Oxford. Une intrigue à mi chemin entre ésotérisme et Agatha Christie, où le jeune Martin et le sage Arthur Seldom enquête sur une série de crime liée à un sombre théorème mathématique… Autant de pistes alléchantes qui poussa bon nombre d’entre nous dans les salles obscures dans l’espoir de voir la consécration définitive de poto Alex, comme le fit « Spiderman » pour poto Sam ou « Blade II » pour poto Guillermo. Et la chute fut tout aussi grande… Car Alex de la Iglesia, à la différence de ses illustres collègues, laisse son âme se noyer dans la platitude de bon nombre de blockbusters. Hormis quelques passages clin d’œil à ses thématiques ( l’homme tronc, les relations cochonnes entre les protagonistes ) et une évidente facilité à tenir sa caméra ( quelques plans séquences sont de véritables bijou ), rien ne transparaît de tout ce qui avait fait le charme de ses précédent films. L’homme qui aimait tant mordre là où cela faisait mal n’est plus qu’une sorte de Yes man de luxe. Et ce n’est ni la faute au scénario ( Jorge est toujours là à l’écriture ), ni à celle des comédiens qui n’ont certainement pas à rougir de leurs prestations.


Alors, si la maestria est là, le scénario et le casting aussi, pourquoi nous ne parvenons jamais à retrouver la verve des montres « Jour de la Bête », « Crime Parfait » ou « La chambre du Fils » ? Peut être la réponse se trouve dans les futurs projets d’Alex de la Iglesia : en lieu et place du si attendu « Ranxerox », notre poto nous promet « La Marque Jaune » de Blake et Mortimer… Sacré chute pour ce qui est de la subversion, non ? Impossible de savoir si sa carrière va sombrer dans un certain classicisme, si nous n’aurons plus droit à d’autres brûlots hispaniques. Le mieux est tout de même de prendre rendez vous pour son prochain film ; peut être qu’une bonne surprise nous y attendra…

Publicité

Publié dans Geek Power

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
P
"Rafael est beau. Rafael est une légende" Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiii<br /> <br /> Merda alors, je me disais bien qu'il m'était familier le visage de ce beau Rafael... Mais oui bien sûr, "Le crime frappait" !Un vrai bijou cinématographique ! Je l'ai vu il y a bien longtemps, mais je me souviens avoir usé le DVD !!!<br /> <br /> Quand je te disais que j'ai vu des films dont je suis incapable de te citer le titre ou le nom du réalisateur...<br /> <br /> ça doit être l'âge... tu verras, t'y arrives bientôt !<br /> <br /> Je t'embrasse !
Répondre
W
Ah, faut au moins que tu vois " Le jour de la Bête " ! C'est un chouïa en deça du " Crime...", mais c'est vachement jouissif, tout en étant beaucoup plus sombre... Et pour ma part, il faut lire " moins " à la place de " moyen " au début de l'article... Madre mia...
Répondre
L
CORRECTION : le seul de ce cineaste QUE J'AI VU.. Désolé, faudrait que j'apprenne à me relire !
Répondre
L
Le seul film de ce cinéaste est "le crime farpait" et ce fut même par hasard sur canal + . Quelle belle surprise, l'espagne sait faire autre chose que du Almodovar !Un super film comique tout en étant dramatique, noir tout en étant coloré, glauque tout en étant joyeux. Les comediens sont impeccables et la chute mémorable et inattendue.<br /> <br /> Bref, du grand art !
Répondre