Critique " Les Proies "
Je dois être trop blasé… Vieux con, aigri avant l’âge, j’sais pas. Parce que niveau critiques presses, ce « El Rey de la Montana » semblent avoir ébloui, subjugué, effrayé nombres de types. Alors quoi ? C’est peut être moi, le problème, non ? Je ne dis pas que le film de Gonzalo Lopez-Gallego est une purge, je dis simplement qu’il manque franchement de viscère, de tripes. Partant d’un postulat plein de promesses ( un mec et une nana sont pris en chasse par des snipers en pleine cambrousse espagnole ), le Gonzalo n’est quasiment jamais parvenu à me faire dresser la paupière gauche, à me filer un début de trique ou d’angoisse. La faute, en tout premier lieu, à une authentification proche de zéro avec les protagonistes. Ben vouais, la rencontre entre Quim et Béa dans la station service est proprement improbable, torchée en deux temps trois mouvements, et leur retrouvaille sous les coups de feu des tueurs nous laissent froid. Et c’est un sacré challenge du coup pour parvenir à nous impliquer dans leur fuite pour la survie.
Puis le réalisateur arrive tout de même à rater totalement la personnification de son décors. Ce gars a devant ses yeux des paysages apparemment splendides, qui passent de la forêt aux roches, de la rivière sauvage à la clairière propre au flip le plus complet ( allez vous planquer sur une terrain nu comme mon crâne ), et il loupe totalement le coche, voulant à tout prix filmer caméra à l’épaule, au plus près de ses personnages, comme le disent nos chers critiques… C’est quand même mieux un lieu qui vit ( en vrac, la rivière de « Délivrance », les bayous de « Sans retour », les cavernes de « The Descent », pour ne citer qu’eux, foutaient autant les jetons que les personnages ).
Puis, j’sais pas moi, mais les tensions prises avec naturel, sans dramatisation ( ou alors en décalé : la scène du trou, toute molle, qui donne lieu vers sa fin à un ralenti soit disant prenant… ), ou les seconds rôles torchés à la vitesse de l’éclair ( le jeune flic, inutile et inconsistant de bout en bout ), je trouve que cela souligne plus un sacré manque de savoir faire qu’une approche auteurisante du film de genre, comme je l’ai lu de ci, de là.
Reste la révélation de l’identité des tueurs, habile, qui est certainement l’unique moment du film où le naturalisme est le choix adéquat. Bien que facile du point de vue du scénario ( tout comme le changement de mise en scène de la séquence finale, appuyant le propos trop lourdement ), cette bascule fonctionne, au point qu’enfin, nos yeux se rouvrent, nous sauvant de l’endormissement. Et c’est là qu’on réalise le véritable défaut du film : aborder l’ensemble du scénario avec un parti pris artistique qui ne peut fonctionner qu’avec un sujet vraiment fort. C’est un peu comme quand Gus Van Zant avec « Elephant » ou Hanecke avec « Funny Games » décalaient totalement leur mise en scène de l’histoire qu’ils nous contaient : ça fonctionnait parce que le scénario le permettait. Si Gonzalo Lopez-Gallego avait pondu un scénario entier du niveau de sa fin, alors, effectivement, il aurait certainement gagné son pari haut la main. Mais voilà : monsieur laisse traîner les ¾ de son film, avant de se révéler lorsqu’il touche enfin à son propos principal. L’emmerdant, c’est qu’on a du coup les ¾ du film pour sombrer dans l’ennui…
Donc, suis je aigri ? Suis je un con de blogeur confortablement assis en sécurité derrière son écran, cassant du film avec facilité ? Je vais finir par me le demander, tant les critiques de nos jours encensent des trucs tout juste moyen, voir carrément chiant comme la mort. Mais non, je ne pourrai pas vous conseiller de claquer du fric pour « Les proies ». Après, moi, je dis ça, je dis rien...