Chris Whitley : There was a boy...
Me revoila, Fred, pour une chronique bien spéciale, qui me tient à coeur ainsi qu'à mon hote sur ce blog!
Une chronique assez longue ( en trois parties ) pour vous parler d'un artiste hors du commun, qui n'aura jamais connu un succès commercial à la hauteur de son talent, mais qui durant sa carrière aura toujours su rester intègre, se renouveler à chaque album, et faire une musique dont on ne peut se détacher une fois qu'on est tombé dedans! Pour accompagner ma playlist, j'ai inclus quelques liens sur des vidéos de Chris, et vous pouvez écouter ma playlist consacrée à Chris Whitley sur LastFM en allant à:
http://www.lastfm.fr/listen/user/soulfish/playlist
L'histoire de Chris Whitley, c'est celle d'un gars originaire de Houston, Texas, qui après avoir bourlingué avec ses parents du Texas au Mexique, puis pour atterrir dans un coin reculé du Vermont, abandonne le lycée à la dernière année, nous sommes au milieu années 70, et décide de tout plaquer pour se consacrer à la musique. Il part tenter sa chance à New York, en commençant par jouer de la guitare et chanter dans les rues. Plutôt amateur de rock, de jazz, et de blues, il s'accompagne en jouant sur un genre de guitare bien particulier, les National Steel, guitares entièrement faites de métal, au son brut et puissant, et instrument de prédilection des bluesman des années 20, jusqu'à aujourd'hui instrument culte.
Un de ses coins de prédilection se trouvaient en face d'une agence de voyage. Un jour, une employée de
l'agence traverse la rue pour lui offrir un billet d'avion pour l'Europe, la Belgique plus précisément. L'amateur d'art, de poésie, de musique qu'il est, plaque tout pour rejoindre le vieux continent. Là bas il jouera dans plusieurs groupe (beaucoup de funk, de pop/rock, même du rap!), et formera le groupe Noh Rodeo en 1984 avec Alan Gevaert (plus tard et jusqu'à aujourd'hui, membre du groupe Deus), qui connaîtra un certain succès. Chris rentre en 1990 à New York avec la sœur de Gevaert, Hélène, qui deviendra sa femme, et lui donnera une fille Trixie. A partir de là, commence vraiment sa carrière. Amateur de poésie éclairé (grand fan de Breton, Gide, Camus, Char et autres poètes anglo-saxons), amateur de cinéma, d'art (sa mère est sculpteuse, et vit recluse loin des villes), il forgera son style musical d'un mélange de blues, de jazz, de songwriting éclairé et même de musique électronique, qu'il a probablement côtoyé lors de son séjour en Europe. Son style de guitare unique, essentiellement acoustique, mais aussi électrique, dépasse le simple jeu blues ou rock. Ses influences diverses (c'était un grand fan de Thelonious Monk par exemple), lui donne un style totalement unique, bientôt remarqué...
"Moonlight over the alley..." La période Columbia Sony/Work (Living with the Law, 1991)
Après son retour aux USA, Chris rencontre le chanteur et producteur Daniel Lanois (U2, Peter Gabriel...), qui lui permet de signer un contrat pour un premier album chez Columbia Records (Sony aujourd'hui), l'excellentissime "Living With The Law", produit par le renommé Malcom Burn (Emmylou Harris, Bob Dylan, John Mellencamp, Iggy Pop...) sort en 1991. Les influences blues, blugrass, country, rock, et folk sentant bon l'Amérique profonde, les compositions et la production imparables, permettent à l'album de connaître un succès critique important, et forge une solide base de fans à Chris Whitley. Le sieur tourne longuement pour cet album avec un groupe au complet (j'en connais un qui a eu une putain de chance de le voir à Marseille à cette époque!). Le succès commercial est au rendez-vous, un titre figurera même sur la BO du film "Thelma et Louise". Cet album est un classique absolu, à écouter sans hésiter!
http://fr.youtube.com/watch?v=EUC9F9X_MJo
"As the party closes..." The New Machine (Din of Ecstasy, 1995)
Il faudra attendre 4 ans remplis de tournées incessantes, pour un nouvel album, Columbia balançant Chris sur le sous-label Work (aux côtés de Fiona Apple, Mercury Rev, ou encore Jamiroquai). Cet album voulu plus électrique en cette pleine période grunge, déroutera beaucoup de fans du premier album au lieu de se créer un vrai public. C'est un album sombre, très rock qui met en valeur le jeu électrique de Chris. Avec quelques perles comme "Know", "The New Machine" et de gros relents de blues-rock caniculaire. C'est un album passé un peu inaperçu, qui demande plusieurs écoutes pour vraiment être cerné. A ne pas négliger pour les fans, ce n'est cependant pas l'album que je recommanderais pour une première écoute.

http://fr.youtube.com/watch?v=EUC9F9X_MJo
"Everyboy knows the Alien..." (Terra Incognita, 1997)
Seulement deux années plus tard, après l'échec commercial de "Din", Chris sort « Terra Incognita » sur le même label. A grand renfort de promo (version CD Extra avec clips et making-off), pubs, passages télés (même Nulle Part Ailleurs en France!), cet album tend cette fois vers des titres nettement moins sombre et plus pop. Encore une fois, Chris dévoile ses talents de compositeur, et un jeu de guitare électrique aux relents Hendrixien délicieux. Aux sonorités vaguement FM, cet album est toutefois une vrai perle, avec des titres comme "Power Down", "Aerial", "Gasket" vraiment sublimes. Mais c’en est assez pour Sony, le succès ne vient pas, et Chris se fait lourder comme un malpropre.
http://fr.youtube.com/watch?v=UsuhQRxFTLU
Fred
P.S. : Je me permets d'intervenir, d'une part, pour dire que le concert vu à Marseille en compagnie de Coco la Mouche en 90 fut un moment mémorable, et un grand merci à Fred, qui lui rend l'honneur que ce musicien hors pair mérite.
De plus, je vous avertie que ce soir aura lieu une soirée de feu de Dieu sur Arte : " Pat Garrett et Billy the Kid " en première partie de soirée ( remember mon premier "Incontournable" pour ce chef d'oeuvre de Peckinpah ), suivi d'un long docu sur Dylan filmé par Scorcese lui même.