Critique " Bons baisers de Bruges "

Publié le par Wolf Tone

Y a des jours, comme ça… Y a des jours où tu sors d’un entretien, parce que tu veux pas rester une ‘spice di chômeur, qu’il est 12 h 45, et que, comme t’as rien d’autres de mieux à foutre, ben tu vas au cinoche d’à côté pour mater un truc cool, un truc qui te fasse oublier que, eh oui, t’es qu’une ‘spice di chômeur ( le message est passé, Sam, le message est passé… ). C’est comme ça qu’on va voir « Bons baisers de Bruges » sans s’attendre à rien, et qu’on ressort tout bizarre, bien content d’avoir eu rien d’autre à foutre.


« Après un contrat qui a mal tourné à Londres, deux tueurs à gages reçoivent l'ordre d'aller se faire oublier quelque temps à Bruges. » C’est un copié collé d’Allociné, mais prière de ne pas aller lire la suite, car pour une fois, l’histoire vaut la peine d’être découverte au fil du film. Oubliez aussi l’affiche hideuse que nos amis les distributeurs ont eu l’idée d’affublé le film, avec cette phrase choc comme on les aime, du style « un Tarantino à l’anglaise au pays des frites ». Oserais je dire que je gerbe sur ce style de raccourci ? Ah, bien entendu, c’est des tueurs à gage, des bandits, d’où quelques dialogues que le premier mec venu taxerait de tarantinesque, mais on a un peu tendance à oublier qu’il y avait du cinéma noir AVANT Quentin…



Puis le propos n’est même plus là : Bruges n’est pas un simple prétexte pour nous sortir un lot de blagues foireuses sur les frites et la bière au contact avec des malfrats. Le réalisateur, Martin McDonagh, l’a choisi pour l’ambiance qui se dégage de la vieille ville, du centre moyenâgeux, pour envelopper le métrage de mélancolie, pour que le drame de ces deux comparses, Ray et Ken ( respectivement Colin Farrell et Brendan Gleeson, tous deux parfaits ) prenne corps. Car oui, mes ami(e)s, sous ses airs de comédie british, son côté film noir, c’est bien d’un drame dont il est question, un moment de purgatoire durant lequel nos deux hommes attendent si c’est l’enfer ou le paradis qui leurs ouvre les bras. Les deux auront droit de citer : pour Gleeson, le vieux de la vieille, c’est justement le bonheur de découvrir cette ville magique, que McDonagh filme avec amour et respect. Pour Farrell, le jeune chien fou, ce sera cette rencontre inattendue avec Chloë ( Clémence Poésy, juste comme il faut… ), un miracle dans cette ville qu’il estime être le trou du cul du monde. Mais l’Enfer n’est pas loin, sous les trait de Harry ( Ralph Fiennes, peut être un peu too much en commanditaire schizo ). Et il finit, comme il se doit, par les rattraper.


C’est donc évident : on est très loin de la simple comédie, c’est le moins qu’on puisse dire. Le scénario est habile, avec des dialogues majoritairement légers, laisse poindre des moments de tension ( le coup de fil de Harry à Ken est un vrai bijou ) comme des moments de tendresse ( mais là, point trop en dire, vous y goûterez par vous même ) ; la mise en scène simple, sans esbroufe ni tape à l’œil, sert le récit ; enfin, la musique de Carter Burwell ( compositeur attitré des frères Coen, rien que ça ! ) s’adapte à chaque instant, et donne aux différentes ballades dans la ville une aura de poésie qui nous colle bien après être sortie de salle…


Enfin tout ça pour dire qu’il ne faut jamais croire aux affiches à la créativité proche de zéro ( remember celle de « We hold the night » de James Gray… ), aux tags lines pourries : « Bons baisers de Bruges » ( dont le titre anglais, « In Bruges », ne devait pas être assez in ze mouv’ ) est un moment paisible, baignant dans la mélancolie et la rédemption. Perso, j’y retournerais bien…

 

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Publié dans Critique Cinéma

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C
Nous l'avons regardé hier soir et j'ai vraiment beaucoup aimé. Le contraste entre l'histoire de ces deux tueurs à gage, le pourquoi de leur séjour à Bruges, et la poesie du lieu, l'ensemble en fait un film déroutant et charmant. Effectivement, la musique y est pour beaucoup, les deux acteurs principaux aussi, et la ville... J'irais bien faire un tour à Bruges moi aussi tiens !
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