Critique " Mirrors "

Publié le par Wolf Tone

Les miroirs, c’est beaux. Surtout si je suis dedans. Ca paraît con comme phrase, mais l’air de rien, je viens de vous balancer la légende de Narcisse. Ben vouais, les miroirs, c’est à peu près le thème ultime, en psycho, dans l’antiquité, au cinéma, il offre des opportunités de malade, bref, c’est si dense que c’en est trop… dense. De Lewis Carroll et son « De l’autre côté du miroir » ( pour le côté grand classique ) à « Candyman » de Bernard Rose d’après Clive Barker ( pour le côté films qui tâchent intelligents ), le catalogue est très fourni, et voilà notre renégat de Alexandre Aja de rajouter sa pierre, enfin, de retravailler celle de Kim Sung-Ho. Et mis à part deux trois trucs revitalisant, le reflet est franchement pâle… Désolé.


Ben Carson ( Kiefer Sutherland, qui est resté bloqué sur le jeu mode « 24h »… ) a démissionné de son taff’ de flic. Normal me direz vous lorsqu’on bute un collègue, même si c’est par accident. Depuis, il s’est séparé de sa femme Amy ( Paula Patton, qu’on a envie de baffer dès sa première apparition ) et de ses deux gosses ( dont je tairai les noms ; faut vraiment pas leur faire croire qu’ils sont comédiens, ce serait cruel ). Du coup, il déprime et bosse en tant que gardien de nuit dans les ruines d’un grand magasin dévasté par les flammes. Seuls les miroirs sont intacts, et bien entendu, ils sont pleins de choses pas contentes dedans.


Bon, vous l’aurez compris, l’un des gros problèmes de « Mirrors », c’est son casting. Malgré la trogne de Kiefer, et Jason Flemyng en rôle si secondaire qu’il en devient un caméo, tout le reste est bon à foutre à la baille. Très, très difficile de ne pas avoir envie de voir les personnages se faire dégommer rapidement. Mais le pire est que Aja lui même donne suffisamment de raisons aux spectateurs de vouloir faire la peau à certains d’entre eux. Amy par exemple ( la pauvre, elle va morfler pour les autres… Vous me direz, c’est une femme… ) : comment ne pas la traiter de tout les noms dès sa première apparition à l’écran ? Les dialogues sont fait de manière si grossière que Kiefer est un martyr et Paula une chienne. Alors niveau empathie pour la belle métisse ( ou black, j’sais pas trop, là…), c’est plutôt raté… On pourrait se dire alors ( mais c’est pas obligé, hein… ) que notre Alex national va tout mettre sur ces fameux miroirs, avec un décors qui le fait et tout et tout, et qu’il va nous foutre une bien belle frousse, le saligaud ! Mais si j’en évoque la possibilité, vous vous doutez bien que c’est pas le cas… Et que le jeu de massacre commence…

Assez de suspens : Aja se plante sur quasiment toute la ligne. Primo, il se casse pas du tout le teston niveau trouillomètre. Monsieur joue à 200% sur nos nerfs à coup de « BOUH !!! » de train fantôme, style les pigeons qui s’envolent d’un coup accompagnés d’une explosion de décibels. Et il y va pas avec le dos de la cuillère à soupe ; à raison d’un coup de violons hystériques toutes les trois minutes, on a franchement envie de faire subir au réalisateur le même sors que ses victimes. J’aime bien avoir les chocottes, mais je supporte pas qu’on joue si facilement avec mes nerfs. Secundo, Aja nous balance un personnage principal qui aurait pu ( dû ? ), vu son troma, avoir une relation hyper viscérale avec les miroirs. Pfff, que nenni, Ben Carson n’a droit qu’à une seule scène capitalisant efficacement sur son passé ( celle où il tente d’expliquer que les miroirs sont dangereux à sa conne de femme… Désolé. ). Le reste du temps, il subit comme n’importe quel personnage lambda de film d’horreur, qu’il soit postier ou vendeur de légumes. Imaginez le désastre psychologique du film, une fois ajouté l’absence d’empathie pour les autres personnages…

And last but not least, notre réalisateur n’arrive jamais et à donner vraiment vie à son grand magasin abandonné, et à nous faire flipper à chaque plan où une surface réfléchissante se pointe. Parce que le potentiel est ici énorme : faire, petit à petit, de chaque flaque d’eau, chaque miroir, chaque vitrine de magasin, une menace de mort. Vous voyez le plan ? Ben vous ne le verrez que dans votre petite tête bien faite. Du côté de chez Alexandre, le miroir n’interagit à 95 % que lorsque le protagoniste s’y regarde, les fameuses surfaces n’envahissent pas au fur et à mesure le champ par leur puissance d’évocation mais par leur accumulation, et le démon dans le reflet a les mêmes actions, quelque soit le personnage qui s’y reflète ( ce qui rajoute à la monotonie de ses interventions : ç’aurait été beaucoup plus tendu si le miroir faisait réellement office de reflet de la psyché de l’autre ), ce qui annihile toute portée psychologique du métrage. Quant au magasin, il est totalement en deçà des visions de déliquescences déjà aperçues au ciné. Aja ne traite son décors ni avec la puissance réaliste d’un « [REC] », ou la beauté cauchemardesque d’un « Silent Hill ». Lorsqu’on sait que le décors est truffé de miroir, c’est triste… L’homme va même jusqu’à raté ce qui aurait dû être LE moment de flip absolu, l’idée de la mort qui tue la vie : une pièce faite à 100% de miroirs. Fort, non ?

Reste à sauver la scène d’intro ( et encore, avec un dernier plan totalement raté ), un meurtre ( très flippant dans l’idée, mais plein le cul des CGI foireux ) et un ou deux moments où Kiefer prouve qu’il lui reste de beaux morceaux de talents. Mais qu’est ce que ça fait peu, tout de même ! Moi, je vous le dit, je vous le répète, je vous en conjure : allez voir « Martyrs ». Vous en sortirez sur les rotules, et vous aurez fait un geste pour le cinéma de genre français. Pas le franco-américain de merde…

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Publié dans Critique Cinéma

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