Critique « Un conte de Noël »

Publié le par Wolf Tone

Mettons nous bien d’accord : je n’ai rien de particulier contre Arnaud Desplechin. Non, vraiment : il sait manier sa caméra, dirige bien des acteurs qu’il, en outre, choisi avec goût. Si je me permets cette petite précision, c’est pour qu’on ne se méprise pas sur mon avis de son « conte de Noël ». Son histoire de famille qui se reconstitue le temps d’un Noël autour d’une mère gravement malade est simplement prétentieuse. Et là, je me la joue diplomate, parce qu’Elo a eu droit à une critique bien plus véhémente à la sortie de la séance. Son film est non seulement un exercice de mise en scène boursouflée, mais le scénario lui même n’est qu’une affaire de prétention. Ces thèmes graves comme la mort, le pardon, le mensonge, voire la haine fratricide, sont ici joués avec une légèreté cassante et simplement irréaliste. Avant le dialogue, avant le jeu, il y a l’image, nous sommes bien d’accord. Déjà, au bout de dix minutes ( et ce sera le cas pour quasiment l’ensemble de ce film fleuve de 2 h 30 ), on est fatigué de voir défiler tant d’ambiances sonores et visuelles différentes. Desplechin sait filmer, c’est certain, mais s’amuse à casser chaque univers à la vitesse de l’éclair, de la musique jazzy swinguante au classique sombre, de la caméra témoin, cachée, au texte débité regard caméra. Comme s’il ne voulait pas nous laisser croire à son monde, comme s’il soulignait la fiction plus que l’émotion.

Et idem pour les dialogues, les situations, le jeu : qui peut donc croire à tant de cruauté détachée ? A l’incohérence de certaines situations ? Là encore, nous ne sommes pas devant le premier film d’un réalisateur maladroit, non, il y a une logique dans ce désaveu du sentiment. Et la preuve en est les rares moments où il laisse l’ambiance et le réalisme s’installer : lorsque Henri ( Mathieu Amalric, excellent ) demande, plein de rage, à son frère et son père pourquoi on l’a laissé se faire bannir par sa sœur, on est touché, lorsque le même Henri prend sa revanche sur la dite sœur ( Anne Consigny, un peu trop souvent dans le même registre de jeu ) dans un dialogue entre deux portes, on y croit, ça fonctionne. De même que les regards perdus de Junon ( Catherine Deneuve ), la mère malade, au milieu de sa famille, sont par moments bouleversants.

Ce n’est donc pas que Desplechin n’arrive pas à nous faire croire, le con sait très bien le faire, mais il a une espèce de prétention et formelle, et scénaristique, qui nous laisse en dehors. Comme si cette famille d’intellectuels ne pouvait vivre vraiment le drame, flottant au dessus de celui ci.

Alors tout le monde y va du sens de la légèreté du réalisateur, de la maestria de sa mise en scène, les critiques le mettent bien haut sur un piédestal, planant sur le cinéma français. Pour moi, il n’a fait que mumuse avec ses jouets, et pris de haut son public. C’est irrespectueux, surtout lorsqu’on appâte le chaland avec de vraies qualités de conteur, lors de séquences ancrées dans un univers, qui seront massacrées par les suivantes, fausses et pédantes. Dans quel but ? Quel est le fil rouge ? Je crois qu’elle est toute bête, en somme, la raison du décalage : il est difficile de se filmer le nombril sans laisser le spectateur sur le bas côté. Et moi, les réalisateurs qui se touchent la nouille, aussi bons soient ils, ils me mettent en rogne.

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Publié dans Critique Cinéma

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