Critique " JCVD "
Ce ne pouvait être que pour lui. « JCVD » n’existe que pour lui, et Mabrouk el Mechri l’aime, c’est certain. Je me fous de savoir ce que ce type a réalisé avant. Je n’en ai vu aucun, et je ne pense pas que je ferai l’effort. Et ce pour la même raison que vous devez vous foutre d’avoir vu ou non un film avec Van Damme. Parce que le personnage, il faut vivre sur Mars pour ne pas le connaître. Mechri ne fait pas un film sur Dolph Lundgren ou Steven Seagal, non, il le fait sur l’homme aware, sur la bonne blague vivante estampillée Belgique. Et il lui permet de nous donner un bonne vieille claque dans la gueule. Plus jamais vous ne regarderez JCVD comme avant. Vous ne pourrez que l’aimez, lui payer une bière, lui taper sur l’épaule.
Alors, bon, il y a aussi le film. Oh, ce n’est pas qu’il soit mauvais, il est juste tellement en deçà de ce qu’il aurait pu être… « JCVD », c’est « Un après midi de chien » de Sydney Lumet, avec à la place de Pacino / braqueur, Jean Claude / l’otage. Un van Damme au bout du rouleau, qui se bat pour la garde de sa fille, qui n’a plus de fric, et qui se retrouve au milieu du braquage d’un bureau de poste belge. Mechri nage au milieu des références : on passe de « Clerks » lors d’un dialogue ( réussi au demeurant ) dans le vidéo club, à la construction très « Pulp Fiction », mais de manière si évidente que s’en est parfois lourd. Pourtant, certains moments de comédie simple ( JCVD et la conductrice de taxi ), voire de tension prouvent que le gars est capable de très bonnes choses. C’est juste qu’il ne se lâche pas assez, il est hésitant, fait durer un gag trop longtemps ou n’appuie pas assez d’autres. Si en plus, on parle du rythme un peu trop lent, de la mise en scène un peu trop stéréotypée, on en serait presque à se demander pourquoi j’ai ADORE ce film.
Il y a déjà la claque Van Damme le comédien. Simple, attachant, naturel. Alors bien sûr, les détracteurs diront que ce n’est pas bien compliqué d’être bon lorsqu’on est soi-même. On s’en fout. La réhabilitation passe par là. Puis il y a l’axe du film : l’image Van Damme. Du cours de production cinéma ( le système des packages qui permet de fourguer 6 films de merde à un distributeur s’il veut LE film bankable ) en passant par le témoignage de la fille VD qui dit en avoir marre que ses copines se moquent d’elle, Mechri nous donne tous les outils, toutes les pièces manquantes qui permettent au bout du compte de ramener le cas Van Damme à sa réalité : un comédien d’actionners devenu une icône du looser con. Et une fois se travail ( bien ) fait, une fois Van Damme redevenu simplement humain, il nous assène par petite touche la douleur d’être le Van Damme « Aware ». Un regard de temps à autres, des lignes de dialogues, une scène où les otages, devant la télé, réentendent un best of de ses multiples conneries, Mechri le rend de plus en plus touchant.
Alors arrive la déclaration de respect, la réhabilitation : 5 bonnes minutes dans le film QUE pour lui. 5 minutes où Van Damme s’explique face caméra, hors du temps, 5 minutes bourrées d’humanité, d’émotions. Puis le film reprend, proche de sa fin, et c’est précisément LA que vous savez que plus jamais vous ne regarderez JCVD comme avant.
J’aimerais que Van Damme arrête les bouses, arrête tout, après ce film. J’aimerais qu’on ne garde que cette image de l’Universal Soldier, du concurrent aux Blood Sports. Et parce que Mabrouk el Mechri nous a donné ( à nous spectateurs, mais aussi à lui, Van Damme ) cette opportunité, je lui dis bravo et merci. Chapeau, M. Van Damme, chapeau bas.