« Ah non, chéri, tu vas pas remettre çà ! » Sortie DVD Septembre 2008

Publié le par Wolf Tone

Je sais, ma belle, je sais… La vie sociale qui s’en prend un coup, mes yeux rouges et ma peau pâle suite au visionnage de 3 films en un soir, tu as cru que c’était fini, n’est ce pas ? Lorsque tu m’as dragué cet été, ne me reconnaissant pas, et que tu as pleuré devant mes yeux verts étincelants, en répétant : « C’est bien toi, hein, c’est bien toi ? », moi aussi j’ai eu envie de tout plaqué, de ne plus approcher un écran de ma vie… Mais quelle rentrée, putain, quelle rentrée ! Comment résister ?

Ben on résiste pas. BON. On va arrêter nos conneries, et prendre ce mois de septembre par la peau du cul. C’est du lourd, c’est du beau, c’est à ne pas foutre son nez dehors, et ça commence avec…

« Redacted » de Brian de Palma. Alors, on va apprendre à personne que le Monsieur n’est plus que l’ombre de lui-même, hein, personne ne viendra ici défendre « Le Dahlia Noir » et encore moins « Femme Fatale ». Alors qu’attendre de ce faux documentaire sur les exactions de GI en Irak ? Une leçon magistrale de montage… De Palma est un cinéaste voyeur, un obsédé du point de vue, de la passive observation de fait qui nous transforme en acteur manipulé. « Blow out », « Body Double », « Snake eyes » pour ne citer qu’eux, ne tourne au bout du compte que sur cette fixette. Et « Redacted » d’être une expérience de laboratoire, quitte à laisser les sentiments, l’apathie, de côté. Tourné uniquement avec des outils de témoignage et de communication ( caméscope, webcam, vidéo-surveillance… ), insérant un faux docu dans son propre faux docu, De Palma pousse à l’extrême son obsession, refusant toute notion de mise en scène, dans l’espoir de dénoncer cette sale guerre, comme il le fît avec « Outrages » en 1990 et la guerre du Vietnam. L’emmerdant, c’est qu’une telle distanciation ne permet certainement pas à nous, spectateurs, l’implication émotionnelle nécessaire pour avoir le rejet tant souhaité. De plus, dans le faux docu, il y a un maître absolu, Peter Watkins ( « La bombe », « Punishment Park » ), tout comme dans la fiction basé sur des faits réels, il y a son fils spirituel, Paul Greengrass ( « Bloody Sunday », « Vol 93 » ). Deux génies subversifs, indétrônables guerriéros de la pellicule. Dur pour quiconque, même pour Brian, de passer après de telles pointures. Reste, comme je le disais, une sacré leçon de montage ( tant de sources différentes si bien mêlées, c’est pas rien ), et une ou deux scènes ( la mine, le viol ) propre à nous tordre sur notre fauteuil…

Dans la foulée, on nous bazarde « The Mist » de Franck Darabont, rien de moins que le meilleur film fantastique de 2008, et la meilleure adaptation de Stephen King depuis… Oula, depuis des lustres ! Partant d’un pitch feuille-à-rouler ( les clients d’un supermarché se retrouvent bloqués suite à l’arrivée d’un mystérieux brouillard sur la ville : clair, concis, et propice à toutes les dérives ! ), Darabont mise quasiment tout son film sur les tensions entre survivants, et signe du coup une description acerbe de la société américaine. On connaissait la volonté du cinéaste à préférer l’humain au surnaturel dans l’œuvre du King ( « Les évadés », « La ligne verte » ), mais il ne nous avait pas encore fait le coup de la haine, de l’orgueil, de la lutte de pouvoir. Tranchant comme une lame de rasoir, son scénario étrille sans complaisance sa petite communauté bien représentative ( le noir parano, la femme bigote à en devenir folle, la grande gueule qui chie dans son froc, les passifs tout mou ), nous faisant nous accrocher au siège plus d’une fois devant les conséquences de tant de conneries au mètre carré ( Rhhaa, l’abominable scène de la première attaque dans l’arrière boutique !!! ). Bon, du coup, les bestioles sont un peu foirées, et les quelques séquences 100% horrifiques assez bâclées, mais c’est pas grave, Franck, tu tiens ton sujet avec beaucoup de finesse, et surtout, SURTOUT, tu nous ponds une fin apocalyptique pleine d’un cynisme, d’un nihilisme, qu’on aurait jamais cru voir dans un film somme toute grand public. J’en connais certain qui se sont pris une grande claque, j’en fait partie, et je vous convie à nous rejoindre : de l’horreur avec un tel niveau d’intégrité, ça ne se refuse pas.

Mais rien n’est trop bon pour vous, mes ami(e)s, mes frères et sœurs, Johnnie To et son poto Wai Ka-Fai veulent aussi leur place dans vos soirées automnales ( ou estivalo-indiennes ), et ce avec « Mad Detective ». L’inspecteur Bun est un profiler capable de voir les différentes personnalités vivant à l’intérieur des gens. Il les personnifie, leur donne corps, c’est ce qui fait de lui un policier hors pair, mais aussi ce qui le pousse à prendre sa retraite et vivre en reclus. Lorsque le jeune inspecteur Won se trouve confronté à une série de braquages sanglants effectués avec une arme de flic, c’est Bun qu’il va chercher pour l’aider, le sortant de sa vie d’ermite.
Johnnie To nous a, le plus souvent, habitué à des polars ultra-chiadés, chorégraphiés, pleins de codes de mise en scène lui étant propre. Monsieur aime le lyrisme aussi, les rapports humains forts, les amitiés qui ont de gueule. Et le voilà nous proposant un film axé quasiment sur un seul personnage, intimiste, pétri d’une grande humanité, et bourré d’émotion. Il s’y met tellement bien qu’il arrive à mettre de côté bon nombre de ses tics de mise en scène, et exploite merveilleusement bien les talents énormes de Lau Ching-Wan, incroyable de justesse dans le rôle pourtant très casse gueule de Bun. Personnage qui aurait eu toute sa place dans la filmographie de Park Chan Wook, Bun est une sorte de clown triste aux méthodes si peu orthodoxes que chacune de ses initiatives est un moment de poésie. Drôle, touchant à en pleurer, Ching-Wan vaut à lui seul le détour, et fait oublier les faiblesses scénaristiques de la partie « policière » du métrage. Car de ce côté là, difficile de croire vraiment à cette sombre histoire de flingue volé à un flic. D’ailleurs, on s’en fout : nous, on veut juste suivre encore et encore l’errance solitaire et auto-destructrice de Bun / Ching-Wan.

Reste à venir des chefs d’œuvres et du gros film qui tâche, des trucs sympatoches, d’autres décevant, bref, des soirées à se niquer les yeux devant mon écran.

Allez, chéri, arrêtes de faire la gueule…

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Publié dans Sorties DVD

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