La chronique à Pascal
Elo, la fort charmante compagne de Wolf – en quelque sorte une louve- a perdu depuis des lustres son éphémère foi dans le rap français. Aussi ai-je cessé de vouloir la convaincre de découvrir les perles hiphopiennes qui viennent éjouir mon i-pod. Mon épouse adorée sursaute lorsque dans Lost on entend claquer le chien d’un fusil qu’on arme. Il serait donc vain de lui proposer les films malsains, hantés de spectres, de zombies et de psychopathes qui ont tout autant forgé mon état d’esprit et mon imagination que Hara Kiri, Pilote, Baudelaire, Métal Hurlant, le péplum, la physique quantique et les films d’Orson Welles. Aussi parfois m’offré-je une veillée solitaire, la prévenant fort galamment « ma chérie, ce soir j’aimerais bien me faire un petit film d’horreur ». Plaisir coupable dont je n’abuse point cependant. Il y a là-dedans du récent et du moins, mais les DVD ont une vie longue.

Ainsi ai-je récemment maté le « Halloween » de Rob Zombie. Ca dézingue brutal, c’est bourré de scènes hallucinantes, speedé à l’adrénaline et glauque à souhait. À l’heure où le cinéma US s’ingénie à reprendre une à une les œuvres subversives des années soixante-dix pour les vider de tout contenu contestataire en les remakant – en rajoutant une dose de gore pour faire joli-, Rob Zombie s’empare d’un slasher soft et ayant mal vieilli du grand Carpenter pour en faire un somptueux festin malsain. Dire qu’il revisite et habite chaque plan avec une ingéniosité diabolique est encore en deça de la vérité.
Autre bonne surprise, à une mesure moindre : « Population 436 ». Celui-là, mon épouse l’aurait sans doute
pu voir. Une chouette petite série B de derrière les fagots, avec Jérémy Sisto (ex de six-feet under et habitué des chouettes petites séries B de derrière les fagots) dans le rôle principal. Je ne vous raconte pas l’histoire, qu’on devine au fur et à mesure. De toutes façons, c’est avant tout un film d’ambiance, sans effets gore à la noix, avec une tension qui monte, qui monte ( comme la petite bête et la fièvre à El Pao). Bien sûr, y’a quelques trucs qu’on devine avant la fin. Mais pas tout. Et d’ailleurs, là n’est pas vraiment l’enjeu, même si le scénar évite les thèmes déjà mille fois ressassés. Bref, on passe un bon moment
Cependant, j’ai laissé le meilleur pour la fin. À l’heure où le cinéma espagnol revisite, comme l’a fait moultes fois le cinéma asiatique, les grands classiques du film de trouille (les zombies avec Rec., les fantômes avec « L’orphelinat »), « Abandonnée » de Nacho Cerda est vraiment une grande claque dans la gueule. Des
gamins abandonnés, qui auraient probablement du mourir autrefois en Russie, une américaine, d’origine russe, qui a été adopté et qui vient chercher d’où elle vient … Mais le passé n’est pas nécessairement celui qu’on croit et tout ce que vous croyez avoir deviné à cet énoncé est faux à peu de choses près … Un film somptueux, constamment original sans que cela soit ostentatoire, ça devient rare de nos jours. C’est plutôt sanglant, ça secoue, mais bon dieu ce que c’est stimulant ! En réalité tout l’inverse de la palme dure de Cristian Moncul, vous savez le film roumain dont on vous a dit du bien. Ouais, ça les actrices sont épatantes, mais bon c’est du deux pièces cuisines et ça raconte un avortement clandestin, point barre. Point de vue zéro, réflexion zéro, émotion zéro … Et pendant ce temps là, en France, des génies comme Dupontel ou Belvaux peinent à monter leurs films, on incendie Jeunet parce qu’il ose rater un film et l’on n’ose même plus critiquer« bienvenu, j’te chie ma bouse » tellement il a eu du succès. Bon je sens j’vais pas tarder à me refaire une cure de séries Z qui dézinguent, moi …