Partager l'article ! J'aime Clint. Ca pose problème ?: J’ai encore grandi aujourd’hui. Oui, Wolf Tone a dit « NON ! » à ses cr ...
J’ai encore grandi aujourd’hui. Oui, Wolf Tone a dit « NON ! » à ses craintes, ses peurs,
ses tourments… Je suis allé voir « L’échange » au cinéma. Vouais. Une vraie prise de risque. Parce que j’ai du mal à aller voir des films qui vont me torturer. Et le Grand Clint, il
arrive toujours à me faire chialer. Je me cale en DVD « Mystic River », et vlan, je me dit que je suis trop con de pas l’avoir vu en salle. « Million Dollars Baby » sort, je
vais le voir au ciné, et re-vlan, il me fout un genou à terre. Alors aller voir sa dernière œuvre, avec la crève, 4 heures de sommeil dans la gueule et une plutôt bonne humeur, on peut pas dire
que ça va de soit. Et re-re-vlan, Monsieur Eastwood m’étale d’un crochet, j’suis ailleurs, faut qu’j’en parle…
croire à quoique ce soit, parce qu’il sait que l’histoire vraie de Christine Collins est suffisamment
forte pour qu’il n’ait pas besoin d’artifice, ni scénaristique, ni de mise en scène. « L’échange » est un classique, filmé de manière classique, et appeler à devenir un classique. Dès
les premières notes de musique, lors d’un grand panoramique en noir et blanc du Los Angeles des années 30, le réalisateur avoue ses ambitions : il va nous raconter un drame. Et ces notes
tristes ne suggèrent rien de bon : ce sera dur, ce sera long, mais ce sera surtout beau. Aucun effet superflu ne viendra casser se parti-pris. Bien au contraire, ce thème splendide du maître
lui même a le rythme de sa mise en scène : calme, fluide, faite de travelling, de panoramique et de champ / contrechamp qui ne veulent rien faire d’autre que raconter, que se mettre au
service d’un scénario qui prend son temps.
Mais cela
ne veut pas dire qu’Eastwood est figé dans une sorte d’académisme. Des fulgurances nous rappellent qu’il est un homme de cinéma de son temps. Cette douche au jet dans un hôpital psychiatrique
filmé caméra à l’épaule, le tourbillon des questions des journalistes lancés à Christine et ce faux-fils, où cette même caméra portée se mélange à un travelling autour du duo improbable, ou alors
ce long plan fixe sur Christine qui craque, pleure et crie à cet étranger : « Tu n’es pas mon fils ! ». Des moments qui doivent être filmés différemment, parce qu’ils sont des
moments majeurs, des instants de rupture. Là où certains verraient un cinéma d’une autre époque, je vois un cinéma éternel. Et pour lever tout les doutes, il y a cette pendaison finale. Clint
Eastwood l’exprime d’ailleurs clairement en interview : le pathétique de cette exécution est la réplique exacte de celle qui eu lieu à l’époque. Sans musique, sans effet, juste
l’accélération des plans à l’instant T de la mise à mort. Un regard sur la violence qui fait écho au roman de Truman Capote, « De sang froid » : l’absence de style est un style en
soit, et lorsqu’il est utilisé à bon escient, il est glacial.
Et arrive la seule véritable révélation du film : Angelina Jolie. Christine Collins pour
la comédienne, c’est le rôle d’Aileen dans « Monster » pour Charlize Theron. Plus jamais vous ne verrez la Lara Croft live de la même manière. Si effectivement les larmes ont une sale
tendance à se pointer, si on a envie de se lever pour gueuler contre tant d’injustices, c’est grâce à elle. J’sais pas, j’ai beau me triturer les méninges, je ne vois pas un seul film dans la
carrière de Mme Pitt qui ne soit à la hauteur de ne serait 5 minutes de celui. Femme forte et solide en début de film, soumise et en pleine détresse
lors de ses premières confrontations avec la police corrompue d’alors, puis brisée face à un système broyeur, Angelina Jolie incarne à la perfection la renaissance par le combat. Jamais je
n’aurais cru écrire dans une même phrase « Angelina Jolie » et « perfection », mais Eastwood, lui, n’a certainement jamais douté.
Bref,
vous l’aurez compris, « L’échange » est une pièce d’art que Clint Eastwood rajoute à une filmographie déjà impressionnante. Et là, l’air de rien, on repense au boursouflé Festival de
Cannes, dans son édition 2008. Cette année, Sean Penn décida avec son jury de donner la Palme d’Or au truc mal fagoté qu’est « Entre les murs ». Au delà de mon rejet viscéral du truc de
Cantet, il est impossible d’arriver de mettre sur un pied d’égalité les deux films. Et le problème va plus loin : l’Ours d’Or de Berlin de cet année fut attribué à « Troupe
d’élite », alors qu’un autre futur classique, le « There will be blood » de Paul Thomas Anderson, repartit bredouille. Alors quoi ? « 4 mois, 3 semaines, 2 jours »
qui cloue sur place le « No country for Old Men » des frères Coen, tout ça, ça veut dire quoi ? Peut être que Michel Ciment de Positif, dans son édito du numéro de
Novembre, a raison : ces 3 films couronnés partagent le même positionnement social, le même rejet du classicisme pour un certain réalisme. Comme si les grands festivals voulaient se laver la
conscience, dans une démarche boboïsante, pour étaler aux yeux du Monde non pas une leçon de cinéma, mais un grand moment de culpabilité. Maintenant, filmer bien, filmer beau ( James Gray fut
aussi un des grands oubliés de Cannes cuvée
2008, tout comme le « Hunger » de Steve McQueen fut écarté de la compétition, alors que les échos en font LA révélation ciné de 2008 ) ne fait plus le poids face au filmer vrai, filmer
cru ( quitte à être particulièrement ambigu dans sa morale, pour « Troupe d’élite », voir à ne pas faire du tout l’unanimité, pour « Entre les murs » ). C’est has been, c’est
un truc de vieux. Ok… Alors on va regarder ça un poil différemment : on va attendre que Cantet, Mungiu ou Padilha aient 79 ans. Ou alors
on va voir lequel d’entre eux sera décortiqué dans les cours d’analyse du film à la fac. C’est ça aussi le rôle de grands festivals de cinéma : être visionnaire, primer ces films qui
marqueront, à long terme, l’histoire du cinéma mondial. Dire que Sean Penn, le fils spirituel d’Eastwood, alla dans ce sens… A nous de remettre les pendules à l’heure. En allant voir ces bijoux,
ces chefs d’œuvres. Et tant pis si les jurys sont pas foutu de mettre de côté leur trip’ de gaucho à œillères… Moi, je vous donne rendez vous pour l’année 2009 : papy Clint va nous en
remettre une couche, et j’parie mes coucougnettes que je vais encore mal…
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