Dimanche 15 juin 2008
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Non. A quoi bon sortir ? Limite, je m’essuierai les aisselles avant d’aller au ciné ce soir. Mes pieds n’étant
pas sortis de leurs chaussures, aucune fuite olfactive n’est à déplorer, puis j’ai chopper assez de DVD à la brocante de Richard ze Speed ( « Vanishing Point » à 3 euros, vous y
croyez ? Trop fort !) pour tenir une bonne semaine. Car le monde dehors est pas beau. Nan. Gris, c’est tout gris.
En plus,
j’ai mis trois plombes pour terminer ma sélection DVD parce que je voulais regarder « Appleseed : Exmachina » avant de clôturer le mois de juin. J’aurais mieux fait de le zapper,
j’aurais gagner du temps pour me caler mon « Vanishing Point » à 3 euros ( ou mon « Privé » d’Altman à 6… Trop bon les brocantes !!! ). Bah, bien entendu, il y a de beau
décors et des robot high-tech vachement bien foutus, mais dans le style « Ghost in the shell » pour benêt, ça se pose là. Doit bien y avoir quelqu’un parmi vous pour en dire plus,
j’sais pas, c’est quand même produit par John Woo, et en plus, c’est écrit par Masamune Shiro, l’auteur derrière… « Ghost in the shell ». Ca parle d’une Terre dévastée par la
3ième guerre mondiale, de flic mi-homme, mi-cyborg, d’une mégalopole, Olympus, créée pour maintenir la paix, et de méchants qui veulent la foutre en l’air, cette paix. Dialogue un peu
crétin, sentimentalisme à deux balles, personnages humanoïdes à l’animation bâclée, nous sommes donc à 10 000 bornes des réussites splendides de Mamoru Osshi ( les « Ghost… » donc, mais
aussi le scénar’ de « Jin-Roh », la production du phénoménal « Blood : the last Vampire »… ). Avec sa bataille finale qui oscille entre « Matrix :
Révolution » et un brin d’ « Akira », « Appleseed Ex Machina » ne décolle jamais, ne s’affirme jamais, ne marquera jamais les esprits…
Par contre, les découvertes donnent parfois de très bonnes surprises. « Gone baby gone » de Ben Affleck
est vraiment de celles là. Dans une banlieue pauvre de Boston, une fillette disparaît. Les flics sont à l’affût, les médias ont envahi le quartier, et l’oncle et la tante de la petite font appel
à deux détectives privés, Patrick Kenzie ( Casey Affleck ) et Angie Gennaro ( Michelle Monaghan ).
Alors que Ben Affleck a une carrière d’acteur à mes yeux plutôt affligeante, son premier essai derrière la caméra est plus que
prometteur. Son casting de vieille trogne ( Ed Harris, une nouvelle fois impeccable, et Morgan Freeman, dont la seule présence sur un plateau distille une ambiance ) avec de jeunes valeurs
montantes ( Michelle Monaghan, la belle de « Kiss kiss bang bang », et surtout l’excellentissime Casey
Affleck, le Robert Ford de « The assassination of Jesse James… » ) ajoute une crédibilité à son scénario axé sur l’obsession, la frontière entre le bien et le
mal, si floue lorsque notre vie fut pleine d’expérience, si nette lorsqu’on se jette dans l’arène avec une certaine naïveté.
Puis il y a sa mise en scène, qui oscille entre le classicisme d’un Eastwood et l’âpreté d’un Sean Penn. Car ce sont bien ces
deux noms là qui nous reviennent sans cesse à l’esprit. Pour le premier, c’est logique : « Gone baby Gone » est adapté d’un roman de Dennis Lehane, l’auteur de… « Mystic
River ». Ben Affleck colle donc ( consciemment ? ) à l’approche du vieil Eastwood, mais sa manière d’aborder ses loosers, certains passages intimistes plus proches de ses protagonistes
ramènent aussi au Sean Penn de « The Pledge ». Un cul entre deux chaises de marque, qui garde tout de même un bel équilibre, et fait preuve d’une maîtrise rare chez un jeune
réalisateur.
Reste quelques choix malheureux ( Casey Affleck a du mal à être crédible dés qu’il se la joue
gros bras à grande gueule, une certaine longueur vers la fin ), et un scénario qui aurait certainement gagné à rester proche du social et à bifurquer le moins possible vers l’enquête policière.
Mais le résultat final est tout de même bien au dessus du lot, et il est fort à parier que le petit Affleck réussira mieux sa carrière de cinéaste que de comédien.
Retour dans l’hexagone pour le dernier film, l’ « Eden Log » de Franck Vestiel. C’est rigolo, parce qu’à
l’époque de sa sortie, un autre film de SF français, et beaucoup plus attendu celui là, sortait en salle : « Dante 0.1 ». Impossible alors de ne pas faire la comparaison, qui est de
plus très instructive. On va faire très court pour le Caro : c’est Mocky qui tourne son remake de « Alien 3 » en se prenant pour Kubrick. Voilà, ça, c’est fait… Quoi ? Trop
court ? Bon. C’est filmé en vidéo si pourrie que mon film de vacances en Espagne est mieux foutu. Cà a le rythme d’une tortue asmathique, et les comédiens débite un texte digne d’un film
institutionnel. Le seul à s’en sortir, c’est Lambert Wilson ( mais avec un gars pareil, dur de manquer de charisme…).
Alors certains s’en
sont pris à ces fameux producteurs, ces méchants qui donnent pas suffisamment de fric pour faire une bande digne de ce nom. Et moi de répondre : « Et Eden Log, c’est quoi, un
blockbuster ? ».
Non, là aussi, le budget est équivalent à la facture bouffe de Gérard Depardieu dans un
« Astérix », et tout deux naviguent en pleine science fiction auteurisante. Mais là où Caro nous torche un Z digne des meilleurs prod’ italiennes des années 80, Franck Vestiel nous
ramène à un croisement entre l’univers de Lucas période « THX » et le Darren Aronofsky de « Pi ». Le pitch est basique ( un homme amnésique se réveille dans la boue de ce qui
semble être des souterrains, et tente de remonter à la surface ), c’est quasiment sans dialogue, et tout est filmé dans un faux noir et blanc de très bonne facture. Clovis Cornillac, même s’il a
tendance à trop en faire, est tout de même impressionnant de bestialité. Et pour finir, Vestiel sait manier une caméra et créer une ambiance ( même si, effectivement, l’influence de « The
Descent » est parfois flagrante ). Alors, non, je ne cris pas au chef d’œuvre, car le début est poussif, et la construction du scénario est assez répétitive ( Cornillac se réveille au niveau
– 4 , puis atteint le – 3, et le – 2… ). Mais certaines scènes valent beaucoup de bouses actuelles ( dont une scène de viol dans un monte charge pour le moins dérangeante… ), et le film gagne en
puissance au fil du temps, ce qui fait du bien par où ça passe.
La question est donc posée : si c’est pas le manque de moyen qui
plombe notre prod’ nationale de cinéma de genre, c’est quoi ? Le débat est lancé depuis belle lurette : manque de bon scénaristes, distributeurs et prod’ trop peureux, je ne sais
pas…
Bon, Juin est torché. Doit y avoir ( comme à chaque fois ) un bon paquet de bons films non présents, et j’ai une solution à cela : envoyez
moi un don mensuel de, bah, on va dire 300 euros ( à plusieurs, c’est une misère, non ? ), et promis, je vous parlerai tous les jours de tous les films, même « L’auberge Rouge » si
vous voulez.
Alors à vos chéquiers, et à la prochaine…